Portrait d’artistes°Anne Idoux-Thivet, auteure

Anne, écrivain,

                     en 20 questions

@anneidouxthivet- instagram

Les mots d’Anne, c’est de la sensibilité enfermée dans un nuage. C’est aussi la fragilité d’une dune de sable, en mouvance, toujours présente et qui se reconstruit même si elle a été poussée par le vent.

C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de « L’atelier des souvenirs » : une écriture intelligente, cultivée, pleine d’émotions et de belles idées.

J’avais moi aussi envie de faire des collages à la Prévert. Je lisais et j’apprenais en même temps, je voulais faire.

Est-ce que ça n’est pas unique et vivant, un livre qui donne envie de créer avec ses mains et pas seulement avec son esprit ?

Pour vous donner envie, découvrez son univers et ses romans …

les prunelles d'Emérencie

Toutes les photos ont été aimablement partagées par Anne, qui en reste donc la propriétaire légitime.

  • Quel est ton plus grand rêve d’enfant ? Enfant, je rêvais d’assister au concert du Nouvel An, à Vienne, pour mon anniversaire (je suis née un premier janvier). Le beau Danube bleu, La valse de l’empereur… J’associais les compositions de Johann Strauss à la trilogie des Sissi – avec Romy Schneider -, dont je ne manquais aucune des rediffusions, chaque année, pendant les vacances de Noël. Je me voyais dansant la valse dans une robe à crinoline. Je m’imaginais jouant de la flûte au sein de l’orchestre philharmonique de Vienne. Ce rêve – que je n’ai jamais réalisé ! – n’en est plus un. Si j’écoute toujours autant de musique classique, ma préférence va à d’autres compositeurs. Dvořák, par exemple, dont les œuvres bouleversent Alice, l’héroïne de mon roman L’Atelier des souvenirs.
  • Ce côté artistique vient-il de ton entourage ? de l’influence d’une rencontre ? Les idées se bousculent dans ma tête ; elles jaillissent, vont, viennent, s’agglomèrent, fusionnent… Elles me submergent comme une marée irrépressible. Je crois que l’on peut nommer cette vague qui me dépasse et m’émerveille « la créativité ». Or, la créativité féconde l’art, qui, dans le cas d’un écrivain, se cristallise autour des mots. Des mots que je porte au plus profond de moi, des mots que mon environnement favorise et polit sans que j’en aie conscience, sans que je sois capable d’identifier une quelconque influence. Quant aux autres formes d’art, ce sont mes parents qui m’y ont initiée en m’emmenant dès mon plus jeune âge dans des musées, en me faisant visiter des dizaines et des dizaines de monuments (des églises, surtout), en m’inscrivant à l’école de musique. Je leur dois notamment mon goût pour l’art médiéval sous toutes ses formes.
  • Comment travailles-tu ?  Je crois profondément en l’inspiration. Une idée plus prometteuse qu’une autre passe, je m’en saisis et la note dans un carnet – je ne sors jamais sans un carnet ou un petit cahier dans mon sac à main. Puis je médite cette idée et en tire tous les fils, même les plus ténus. J’élabore alors des cartes d’organisation d’idées, comme celles que je prête à mon héroïne Émérencie (Les Prunelles d’Émérencie). Je fonctionne beaucoup par associations d’idées. Je me laisse porter par mes personnages. Une fois que l’embryon du roman est là, j’ai beaucoup de mal à m’arrêter d’écrire, je ne vois plus le temps passer. Alors, je me discipline, me fixant des « horaires de bureau » qui coïncident avec les heures d’école de Violette, ma plus jeune fille. Quand un roman est en cours, j’y travaille tous les jours, y compris le week-end. Mais quand l’Idée avec un grand « I » m’échappe, je ne force pas l’écriture. Je ne m’enferme pas dans une méthode, ce qui, de mon point de vue, serait artificiel. Je ne m’assieds jamais à mon bureau en me disant : « bon, aujourd’hui je commence un nouveau roman ». L’inspiration doit être là, je fonctionne ainsi.
  • Qu’est-ce qui t’inspire ? Absolument tout et n’importe quoi ! Un nom figurant sur une plaque de rue, un tableau dans un musée (de préférence un tableau méconnu que j’ai le sentiment d’être la seule à apprécier), une mélodie, une anecdote, un article lu dans la presse, une émission télévisée, un objet (des culbutos dans le cas des Oscillations du cœur)… Mon premier roman, intitulé 27, rue de la Bienfaisance, est né de mes conversations avec ma grand-mère. J’ai un classeur rempli de papiers où sont consignées des idées inspirantes, glanées ici ou là.

    (à gauche, un échantillon des carnet d’Anne)

  • Penses-tu avoir confiance en toi ? Pas du tout, ce qui est un véritable handicap dans la vie. Mon manque de confiance en moi me pousse à me mettre en retrait dans certaines situations sociales ou encore à me tirer une balle dans le pied dès lors qu’il s’agit de « me vendre », selon cette expression consacrée que je déteste. Je me méfie des personnes qui ont de l’assurance, je les juge volontiers prétentieuses, alors que, souvent, ce n’est pas le cas. Au fond, je crois que je les envie. Je crains constamment de ne pas être à la hauteur ; je voudrais que tout ce que je produis soit parfait. Je crains le jugement des autres et pourtant, j’exerce une activité qui m’expose au plus haut point à la critique. Pour quelqu’un doté de mon naturel, publier un livre est un véritable paradoxe, que je ne parviens pas à expliquer.
  • Qu’est-ce qui te donne confiance toi ? Mon mari et mes trois enfants. Eux seuls ont ce pouvoir.
  • Quels sont les artistes qui t’ont influencée ?J’aime beaucoup les œuvres de la Renaissance italienne, qui m’ont inspiré L’homme qui tutoie les peintres et une nouvelle, Le bleu des della RobbiaSur le plan littéraire, je me sens proche de l’univers de Jacques Prévert, qui est une référence commune à l’Atelier des souvenirs et aux Oscillations du cœur. Apollinaire n’est jamais bien loin. Georges Sand et Jane Austen non plus.Marc Chagall est indéniablement mon artiste préféré. Les couleurs dont il éclabousse ses œuvres résonnent en moi avec une intensité extraordinaire. Ses tableaux et ses vitraux sont solaires et poétiques. Leur onirisme peut parfois paraître farfelu, mais il est le reflet d’une immense sensibilité et d’une grande profondeur. Son œuvre est à la fois joyeuse et empreinte de mysticisme. Pour la goûter pleinement, il faut aimer se perdre dans les détails, ce qui est mon cas. Contempler une œuvre de Chagall me fait monter les larmes aux yeux. Ce que Chagall traduit par ses couleurs, j’aimerais le traduire avec des mots. C’est ambitieux, pour ne pas dire utopique, j’en ai conscience !

    Vitrail Chagall Metz détail
    Vitrail de Chagall à Metz
  • Avec quels outils préfères-tu travailler ? J’écris le premier jet de mes ouvrages au stylo dans un cahier. J’annote ce brouillon avec des feutres de couleur et y insère des cartes d’organisation d’idées colorées. J’ai remarqué que les idées viennent mieux lorsque j’écris à la main. En général, je travaille ainsi le matin. L’après-midi, je reprends mon premier jet à l’ordinateur. Je réalise fréquemment des collages pendant le processus d’écriture, voire des peintures ou des dessins au pastel (lorsque j’ai écrit L’Homme qui tutoie les peintres, par exemple).
  • Si tu devais définir en 3 mots la clé de ta réussite ? « Réussite » est, je trouve, un bien grand mot à ce stade de mon parcours d’écrivain ! Mais les trois mots qui caractérisent mon travail sont : authenticité, fantaisie et tendresse. Et je compte bien leur rester fidèle ! Si j’avais droit à un quatrième mot, je dirais « poésie ».         la couverture de 27 rue de la Bienfaisance se reflétant dans le miroir de mon arrière rand mère
  • Si tu étais un animal (le plus proche de ton caractère), lequel serais-tu ? Depuis quelques temps, je me demande si je ne suis pas un « zèbre », pour reprendre la terminologie de la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. Il existe des tests qui permettraient d’établir scientifiquement mon hypothétique appartenance à ce groupe d’individus. Je ne les ai pas encore passés et cette perspective m’angoisse quelque peu… Je sais que je ne suis pas du tout à la hauteur des « zèbres » pour ce qui est de la mémoire et des compétences mathématiques ; je n’ai pas leur brillance. Mais sur le plan émotif et sensoriel, je corresponds tout à fait aux caractéristiques de ce groupe. J’ai aussi en partage avec la famille des « zèbres » une pensée en arborescence. C’est ce mode de pensée très spécial qui préside à l’élaboration de mes romans. M’y abandonner après tant d’années passées à me conformer au moule de l’éducation nationale – en tant qu’élève puis en tant qu’enseignante – est un bonheur et un soulagement. Ce serait trop long à développer ici, mais quiconque aura la curiosité de s’intéresser aux travaux de Jeanne Siaud-Facchin comprendra !
  • Si tu n’avais pas été écrivain, quel métier aurais-tu exercé ?Avec le recul, je crois que des métiers aussi variés que chercheuse en neurosciences, scénographe pour des centres culturels (muséographe), artisan d’art (création et réalisation de vitraux, restauratrice d’œuvres d’art) m’auraient passionnée. Jamais je n’y aurais pensé au moment de choisir une orientation professionnelle ! J’ai un autre métier, celui d’enseignante. Professeur d’histoire-géographie de formation – deux disciplines que j’ai enseignées durant treize ans -, je me suis spécialisée dans l’accueil d’élèves en situation de handicap cognitif, ce qui m’a amenée à coordonner une ULIS. C’est à la faveur d’une disponibilité que je me suis lancée dans l’écriture.
  • As-tu déjà refusé des propositions de travail ? Lesquelles et pourquoi ? Je n’ai jamais refusé de proposition de travail. Mais je sais que je le ferais si l’on cherchait à me faire entrer dans des cases ne correspondant ni à ma personnalité, ni à ce que mon imagination me dicte. Je ne sacrifierai jamais ma liberté d’auteur sur l’autel d’une ligne éditoriale et marketing, quelle qu’elle soit. J’ai bien compris que cela pourrait me jouer de vilains tours, mais pour moi, écrire, c’est être libre, sincère, en harmonie avec moi-même.
  • Te verrais-tu enseigner ton métier ?Mais en tant qu’écrivain, je ne me vois pas du tout enseigner. Ainsi que je l’ai expliqué plus haut, l’inspiration guide mon écriture. Autant je suis quelqu’un de carré, méthodique, capable de problématiser les choses avec une extrême rigueur dans le cadre de mes activités d’historienne, autant j’emprunte des voies détournées, fantaisistes et digressives lorsque j’écris de la fiction. Cette liberté que je m’octroie m’enchante. Elle me permet d’être vraiment moi, mais elle ne s’enseigne pas. Certains écrivains appliquent et dispensent des « recettes » d’écriture de romans. Je suppose que leur méthode est utile, peut-être même souhaitable. Mais cela ne me correspond tout simplement pas. Pour ce qui est de l’écriture, je peux témoigner mais pas enseigner. En tant que professeur, j’ai eu l’opportunité de former des étudiants au latin médiéval et à la méthodologie de l’histoire. J’ai aussi formé des enseignants à l’accueil d’élèves avec autisme. Ce fut passionnant et très enrichissant.
  • Cite-nous trois rêves accomplis.                                                                                            – Avoir des enfants. Matthieu, Agathe et Violette sont là : je suis comblée.
  • – Parvenir à stimuler Matthieu, qui est autiste, de telle sorte qu’il puisse suivre une scolarité normale, envers et contre les pronostics défavorables de certains professionnels de santé. Il s’apprête à entrer en terminale S. Mon mari et moi sommes très fiers de lui ! Je rends compte de la stimulation par le jeu mise en œuvre dans notre famille dans mon témoignage Écouter l’autisme.
  • – Être publiée par une grande maison d’édition. Les éditions Autrement, Michel Lafon et Pocket m’ont fait cet honneur.
  • Cite-nous trois envies, projets futurs que tu voudrais voir accomplir. J’aimerais que mon nouveau roman, centré sur deux secrets de famille en lien avec le camp d’internés de Vittel pendant la deuxième guerre mondiale, soit publié et accessible au plus grand nombre. Ce pan de l’histoire, méconnu, mérite d’être mis en lumière. La poésie et la musique ont une place de choix dans ce nouveau roman qui me tient très à cœur.
  • Il me plairait d’acheter le petit bois qui jouxte notre jardin et d’y construire des cabanes avec les enfants.
  • J’espère mener à bien le projet de conte musical de Noël que je suis en train d’écrire pour le château de mon village. J’ai hâte de le concrétiser avec ma fille Agathe, qui est une musicienne née.
  • Te sens-tu libre dans ton métier ?  Oui. Et c’est précisément pour cela que le métier d’écrivain est le plus beau du monde !
  • Et si tu nous donnais une définition personnelle « d’être artiste ».  Être artiste, c’est faire cohabiter des éléments a priori hétérogènes, disparates, pour former un tout original et finalement cohérent. Le syncrétisme au sens large est au cœur de l’art selon moi.
  • Y a-t-il des œuvres personnelles que tu ne réserves qu’à toi, que tu ne partageras jamais ?  Les haïkus que j’écris pour fixer les petits bonheurs du quotidien n’appartiennent qu’à moi.
  • Quel regard portes-tu sur ton métier ?  Je l’ai dit, c’est le plus beau métier du monde ! Hélas, je ne vis pas de ma plume et les coulisses du métier d’écrivain ne sont pas toujours celles que j’imaginais. Tout ce qui relève du marketing me dépasse quelque peu. Un écrivain qui débute aujourd’hui doit être visible sur les réseaux sociaux, ce que je trouve chronophage. Je manque cruellement d’assiduité et d’efficacité à cet égard ! Mais l’écrivain ne peut vivre de mots et d’eau fraîche, je commence à la comprendre…
  • Un conseil à de jeunes artistes.  Ne jamais se renier.

À travers mes réponses, le lecteur saura presque tout de moi et de mon parcours ! J’ajoute donc simplement que j’ai 44 ans. J’ai grandi dans les Vosges et je vis en Alsace.

Bibliographie récapitulative :

  • Écouter l’autisme, Autrement 2009 (témoignage)
  • « Le bleu des della Robbia », nouvelle distinguée par le jury du concours de la Nouvelle George Sand (un de mes auteurs fétiches !) et parue dans le recueil Fragment(s), L’Harmattan, 2016.
  • 27, rue de la Bienfaisance, 2016 (roman historique autoédité sous format numérique via la plate-forme d’autoédition Librinova, grâce à laquelle je suis dotée d’un agent littéraire ; ce roman a été distingué à l’occasion d’un concours rendant hommage à la série Downton abbey, organisé par Librinova et les éditions Charleston)
  • L’Homme qui tutoie les peintres, 2017 (roman autopublié)
  • L’Atelier des souvenirs, 2018 pour les éditions Michel Lafon, 2019 pour les éditions Pocket
  • Les Oscillations du cœur, 2019 pour les éditions Michel Lafon.

Je suis aussi l’auteur de plusieurs articles à caractère scientifique sur l’ordre de Prémontré aux XIIème et XIIIème siècles.

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