Le vieux Macloq

Le vieux Macloq

par Jenny Jénie raconte

(extrait d’une histoire écrite pour #challengepirates)

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 »

Le vieux carnet

Il avait l’âge du môme, lorsqu’il l’avait trouvé. Peut-être plus. Caché derrière les lattes pourries d’un bateau qui avait l’odeur du sel, de la poudre et du sang.

La nuit s’était effacée en laissant des traces d’elle, comme si on l’avait gommée de ses doigts, et la lune s’était retirée avec élégance. Le navire était échoué sur la plage. Il n’y avait personne d’autre alentour, sauf lui, le gamin Macloq, et les corps désarticulés. Un trou béant crevait le bois qui avait vomi sur les galets des caisses, des tonneaux et d’autres corps inertes. Une voile noire, tranchée en son centre, flottait nonchalamment, indifférente au vol des mouettes.

  • Hissez la grand’ voile !

Des voix fantômes appelaient les marins à se réveiller. Rien, pourtant, ne perturbait leur dernier sommeil. Le mât de Beaupré perçait le sable aussi sauvagement qu’un coup de poignard. La civadière s’étalait jusqu’à ses pieds, la voile du tissu souillée de liquide poisseux. Lequel de ces marins avait laissé une empreinte rouge, essayant peut-être de s’y rattraper ?

Le vent amena avec lui l’odeur de la mort. Un haut-le-cœur souleva sa poitrine. Il ne put retenir longtemps la nausée. Au milieu du bois cassé, des mains tendues vers le vide, des vestes aux boutons déchirés, il rendit le peu qu’il avait dans l’estomac.

La voile noire fendue d’une tête de mort le narguait. L’ambiance pesante lui soufflait de partir.

  • A l’abordage !

Le souffle d’un canon siffla à ses oreilles. Les pas précipités de l’équipage maltraitaient le pont supérieur. On se bousculait de la timonerie au pont de gaillard avant, dans une rage de vaincre et de survie.

  • Armez les canons !

Les rais de soleil ne pouvaient masquer la laideur des restes de la bataille. Rien n’était réel. Il ne restait que du sang sur les commandes du gouvernail et sur la Grand rue. Ce n’étaient que des voix en écho dans sa tête. Il ne pouvait rien faire. Le navire ne pourrait que pourrir dans cette crique et les mouettes se régaleraient des chairs putrides. Même morts, les pirates étaient terrifiants. »

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